Il y a quelques mois, je suis revenue à mes premières amours, la photographie argentique. Je n’imaginais pas à quel point ça allait modifier ma façon de travailler et d’envisager la photographie ! Comme la plupart d’entre vous, j’ai utilisé quelques années des appareils argentiques et suis très vite passée au numérique qui promettait beaucoup de facilité d’utilisation et de réduction de coût par rapport à la photographie argentique (une pellicule de 36 poses coûte aux alentours de 5 euros et le développement en labo valait au moins le double).

Ca faisait longtemps que je souhaitais y revenir et je n’avais pas envie de faire les choses à moitié, je voulais pouvoir prendre des photos avec un appareil argentique, développer la pellicule et ensuite faire mes propres tirages papier. J’ai passé de longues heures à me renseigner sur le matériel dont j’avais besoin et après avoir récupéré du matériel auprès d’anciens passionnés et acheté tous les consommables nécessaires je me suis lancée.

 

Armée de mon appareil argentique, j’ai exposé ma pellicule sans aller très loin de chez moi. La chose la plus déroutante est sans doute de ne pas pouvoir regarder sa photo sur l’écran une fois celle-ci prise. Rien ne m’assure que le cadrage ou la mesure de lumière étaient parfaits et je ne le saurai pas avant d’avoir développé ma pellicule (et si je rate le développement, je ne le saurai jamais ! ). Dans la photographie argentique, les facteurs d’échec sont multipliés. On peut rater la prise de vue, le développement (étapes irréversibles) ou encore le tirage (dans ce cas-là on a droit à autant d’essais que nécessaires).

Mais à côté de ces difficultés, la photographie argentique est un processus très riche et complètement différent du numérique. La prise de vue est un peu plus réfléchie car je sais que je n’aurai pas cinq autres chances pour réussir ma photo. Bien que je possède un appareil argentique récent et bien automatisé, on a moins confiance au début dans l’engin (par manque d’habitude et de vérification/rectification possible). On se fie alors à la théorie, on vérifie bien la vitesse, l’ouverture, les isos, le cadrage et on déclenche. CLIC, ce clic d’ouverture et de fermeture de l’obturateur est en lui-même un bruit magique que j’avais presque oublié !

Le développement, la découverte de ses photos

Pour moi le moment le plus excitant dans la photographie argentique est sans doute le développement de la pellicule. C’est ce moment qui nous fixe sur la qualité de notre prise de vue. C’est à ce moment qu’on découvre les clichés qu’on a pu prendre, parfois plusieurs jours ou semaines auparavant et dont on ne se rappelait pas !

On enroule, dans le noir total, la pellicule dans une spire que l’on enferme dans une cuve qui permet de la traiter à la lumière. On l’immerge de plusieurs bains successifs (prémouillage, révélateur, bain d’arrêt, fixateur, rinçage) et on déroule la pellicule tout doucement pour voir apparaitre ses clichés en négatif, quel moment de plaisir et de satisfaction ! On laisse ensuite sécher quelques heures la pellicule.

Une fois la pellicule développée, on peut la scanner avec un scanner spécial pour avoir les photos au format numérique et en positif. On peut aussi les tirer sur papier ! J’utilise les deux procédés : le tirage et le scan pour les photos en noir et blanc et uniquement le scan pour la couleur. Car tirer des photos en couleur demande une technique différente et plus rigoureuse, ainsi que du matériel supplémentaire. J’y viendrai peut-être un jour mais pour le moment je me concentre sur le noir et blanc.

Ma chambre noire, j’y passerais des heures

Le tirage est la 3ème étape, tout aussi magique que le développement de la pellicule car on voit cette fois apparaître nos photos, en grand, sur papier. Le tirage papier s’effectue dans le noir, seule une lampe inactinique rouge est autorisée, car elle ne voile pas le papier. On place la pellicule dans un agrandisseur qui va projeter, un peu à la manière d’un rétroprojecteur, l’image sur le papier photo placé en dessous. Une fois le papier exposé durant une durée optimale (qu’il va falloir définir grâce à un premier test), il va être immergé dans 4 bains, comme la pellicule (révélateur, bain d’arrêt, fixateur, rinçage). C’est lorsqu’on place son papier dans le premier bain (le révélateur), que l’image apparait progressivement et cet instant est vraiment agréable ! Une fois les bains terminés, il faut laisser sécher le papier photo. Dans ma chambre noire, le temps passe à toute vitesse. Je peux m’y enfermer trois heures sans voir le temps passer et pourtant, il y est compté à chaque étape !

Loupe de mise au point pour le tirage

Non seulement le développement de mes photos est un moment pédagogique et très agréable pour moi, mais le procédé m’apporte aussi de nouveaux éléments dans la manière d’aborder ma photo, en argentique et en numérique. Mon approche lors de la prise de vue est différente, j’ai perdu le réflexe de multiplier les prises de vue pour me rassurer. Mon œil et mes gestes sont plus vifs, pour obtenir une composition et des réglages très rapidement et ne pas manquer l’instant à photographier. Le procédé argentique m’aura également appris une patience forcée. Bien que je développe mes pellicules dès que je le peux, je ne pourrai jamais avoir un retour immédiat sur le résultat de mon travail et cela décuple le plaisir éprouvé lorsque je le découvre !

Je suis partie en Bretagne récemment, et même si j’ai embarqué mon reflex numérique, je ne l’ai quasiment pas utilisé (pour 10 photos souvenir tout au plus). Je n’ai pour le moment développé que deux pellicules, voici quelques photos de cette semaine !

 

Tout cela pour dire que la photographie argentique est loin d’être morte, elle offre une expérience et un rendu tout à fait différents du numérique. Je compte l’exploiter de plus en plus, en testant de nouveaux films, de nouveaux papiers, de nouveaux appareils et de nouveaux types de traitement pour répondre à mes besoins particuliers et à ceux de mes clients. J’aimerais beaucoup vous proposer un jour des reportages entièrement sur pellicule, imaginez un mariage ou un baptême complètement photographié en argentique… Je n’ose penser au nombre de pellicules que je devrai embarquer, mais j’en rêve !